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Le mot de Patrick Cohën-Akenine

« On oublie trop souvent que le métier de chef d’orchestre, celui d’un homme qui dirige depuis sa baguette, ne naît qu’au XIXe siècle.

Photo Philippe Parent

Jusque là, on dirigeait, même à l’opéra, du violon ou du clavecin. Pourquoi ? Parce que la musique baroque, comme on l’appelle aujourd’hui, a été composée dans ce dessein. Aussi on s’étonne, aujourd’hui, de voir un violoniste diriger depuis son violon et son archet un orchestre complet… Mais il suffit de laisser glisser sa mémoire et son oreille vers le compositeur baroque le plus enregistré aujourd’hui, Vivaldi, maître du concerto et de l’opéra, pour se rendre compte qu’il n’envisageait pas la musique autrement qu’à partir de son violon. D’ailleurs, à l’époque, on ne séparait pas les musiques vocale et instrumentale ; c’est là un problème qui n’apparaîtra que bien plus tard…

Depuis le départ, l’ensemble n’est pas celui d’un homme, mais d’une équipe fidèle

Photo Philippe Parent

[…] Je n’ai pas créé Les Folies Françoises pour être chef ; du reste, depuis le départ, l’ensemble n’est pas celui d’un homme, mais d’une équipe fidèle, et c’est là notre différence. Notre union fait notre force, car elle laisse le champ libre au dialogue le plus ouvert, à la rencontre des idées et des pratiques de chacun, avec l’instrument, du continuo par exemple, mais toujours au service du chant, de la ligne mélodique, dans le respect et l’écoute de l’autre : c’est ce qu’on appelle travailler dans un pur esprit de musique de chambre. Et c’est précisément par cette expérience, lorsque nous avons commencé à nous réunir en formation orchestrale, que j’ai abordé la direction, après avoir invité de grands artistes français et étrangers à nous emmener à la découverte de leurs univers, nous faisant part de ce qu’ils avaient à nous dire, à nous raconter. La relation au soliste n’est fructueuse que dans le cadre d’une véritable interaction, qui doit elle-même s’étendre au public… […] Aujourd’hui je désire faire évoluer Les Folies Françoises dans un monde où la musique, la danse, le chant et le théâtre ne connaissent pas de frontière ; n’en était-il pas ainsi aux XVIIe et XVIIIe siècles ? Je pense que c’est cette richesse d’expressivité et la sincérité des intentions qu’elle dégage qui font ce répertoire aussi proche du public du XXIe siècle… La musique baroque est tout sauf lisse, et on ne la joue bien qu’en restituant une charge émotionnelle puisée dans nos intérieurs — notre corps, nos sens, nos passions — lui donnant chaque fois une part de notre âme, multipliant les contrastes, exprimant toute une palette de sentiments opposés ; c’est au delà de la simple question de virtuosité, et c’est dans cette optique que je veux faire redécouvrir cette musique au public contemporain, à travers l’exploration d’un répertoire très varié… »

Patrick Cohën-Akenine, directeur artistique